Un peu d’histoire

Valentín Antonio Casablanca, grand-père des tenanciers actuels de la Bodeguita Casablanca, tenait dans les années 40 un lieu célèbre à la Alameda de Hércules, du côté de Santa Ana. On le nommait L’ancienne sacristie, du nom de l’hôtel situé dans ce quartier. Son fils Manuel hérita du gène familial de l’hôtellerie, tandis que la troisième génération, Antonio y Tomás, ne tarderait pas à ouvrir ses propres établissements. Ce fut d’abord la Bodeguita Los Barriles, place de Matalascañas, dans les années 80, puis plus tard le bar Manzanilla Sanlúcar et le Restaurant Casablanca, tous deux situés dans la rue Zaragoza au cœur de la vielle ville Sévillane. Ils ouvrirent également une autre Bodeguita du même nom à la Monnaie.

En 2005, après le départ de Manuel Casablanca à la retraite, la Bodeguita Casablanca se déplace vers son siège actuel Avenida de la Constitución, au numéro 12 de la rue Adolfo Rodríguez Jurado. En quelques mots : à quelques pas de la Monnaie, en face des Archives des Indes et à l’arrière de la Torre del Oro (Tour de l’Or). Sévillane de toutes parts.

Ce nouveau lieu avait abrité un temps le siège de la Banque Centrale espagnole et plus tard, une boutique Giorgio Armani. Une semaine après l’arrivée de Bodeguita Casablanca à cette adresse – après la Semaine Sainte de 2006 —, des travaux de « piétonisation » de l’Avenue commencent et nous soumettent à rude épreuve avec chaque matin, au lever du jour, une avalanche de poussière et de bruit, jusqu’à ce que les gros nuages ne se dissipent enfin. Aujourd’hui, la Bodeguita Casablanca jouit finalement d’un emplacement privilégié dans la rue la plus pittoresque de la capitale andalouse. « Enfin, le ciel est avec nous », se réjouissent Antonio y Tomás Casablanca.

Après vous, Majesté

Printemps 1992. L’année de l’Exposition Universelle, période de fastes dans la vieille Híspalis. Bodeguita Casablanca, qui se trouve encore dans la rue Zaragoza à cette époque, près de la Plaza Nueva, reçoit alors une visite inattendue. C’est le roi Juan Carlos I, en personne, qui se trouve derrière la porte, suivi par la Reine Sofia et d’autres membres de la maison royale. En visite à Séville le temps d’une réception, on lui a recommandé le couvert de la Maison. Aussitôt dit, aussitôt fait. Il commande comme si de rien n’était des tapas — fèves au caco et vermicelles aux fruits de mer. À boire, une demi-bouteille de manzanilla et pour Madame, tapa de pisto (sorte de ratatouille). Il dispose sa serviette sur les genoux et profite de la dégustation, remercie pour le service et… s’apprête à régler ! Pas question, évidemment. Le jour suivant, tous les journaux se firent écho de la visite du roi à Bodeguita Casablanca. Peu de temps après, nous reçûmes une lettre de remerciement qui comportait l’en-tête de la Maison Royale.